Les chiffres et références de ce chapitre sont repris de l’archive fournie. Ils restent à vérifier et à dater avant publication.
Le coût humain & territorial
des dépendances
C’est un combat quotidien.
Dans la majorité des foyers, bien manger est devenu un privilège.
C’est le réel d’un système écrasant qu’elles absorbent en silence avec dignité.
Les prix augmentent.
Les portions diminuent.
Les produits les moins chers sont souvent les moins nutritifs.
Beaucoup travaillent davantage, tout en mangeant moins bien.
Cette situation n’est pas apparue par hasard.
L’héritage
Ce qui a été mis en place ne relève pas d’un accident.
C’est une orientation.
Pendant des décennies, les terres ont été assignées :
arachide
coton
cultures d’exportation
Non pour nourrir,
mais pour alimenter des marchés extérieurs.
Ce déplacement a produit autre chose que des cultures.
Il a déplacé :
les priorités
les savoir-faires
les usages de la terre
les habitudes alimentaires
Jusqu’à rendre secondaire ce qui était vital.
Les cultures vivrières ont reculé.
La diversité s’est effacée.
Les équilibres se sont fragilisés.
Et avec eux, la capacité à décider pour soi.
Aujourd’hui, ce modèle tient encore.
Non par contrainte visible, mais parce qu’il structure :
ce qui est produit
ce qui est valorisé
ce qui est consommé
Un système où nourrir devient dépendre.
+800 000
Source : Rapport ANSD / Rapports de conjoncture rizicole.
TONNES DE RIZ IMPORTÉES certaines années au Sénégal
60 À 70 %
Source : Document de programmation pluriannuelle des dépenses du Ministère de l’élevage.
DU LAIT CONSOMMÉ EST IMPORTÉ
1 SUR 5
PERSONNE SOUFFRE DE LA FAIM EN AFRIQUE
Source : État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde (SOFI 2023).
DES MILLIARDS
pour payer des produits que nous pourrions produire ici. Source : Rapports de balance commerciale ANSD.
DE FCFA QUITTENT CHAQUE ANNÉE LE TERRITOIRE
PRÈS DE 70 %
DE LA POPULATION RURALE dépend directement de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage
Source : Statistiques FAO / Ministère de l’Agriculture.
+140 000
EXILÉ·E·S ARRIVÉES AUX CANARIES EN UNE ANNÉE depuis l’Afrique de l’Ouest
(chiffres pics 2023/2024). Source : Rapports HCR / Frontex.
UN SYSTÈME QUI APPAUVRIT AUSSI CEUX QUI PRODUISENT
Cette crise ne touche pas uniquement les consommateurs.
Elle fragilise directement :
les agriculteurs ;
les pêcheurs ;
les éleveurs ;
les artisans transformateurs.
Dans les pays du Sud comme dans les pays du Nord,
de nombreux producteurs ne vivent plus dignement de leur métier.
QUAND LE TERRITOIRE N’ARRIVE PLUS À NOURRIR
Quand un territoire ne parvient plus :
à nourrir dignement ;
à transmettre ;
à protéger ;
et à créer des perspectives ;
c’est tout un équilibre humain qui se fragilise.
De nombreux jeunes ne voient plus d’avenir sur leur propre territoire.
Faute de perspectives,
nombreux sont ceux qui prennent le risque de partir,
souvent au péril de leur vie,
dans l’espoir de trouver ailleurs ce qu’ils ne parviennent pas à construire ici.
CHAQUE DÉPART RACONTE AUSSI LE MANQUE DE PERSPECTIVES ICI
L’immigration irrégulière n’est pas un choix, c’est souvent un aveu :
l’incapacité d’un système à proposer à sa jeunesse de vivre dignement sur son propre sol.
CONSTATER LE RÉEL, POUR REPRENDRE LA MAIN
Constater le réel, ce n’est pas se résigner.
C’est accepter de voir ce qui blesse : la dépendance, la fatigue des corps, la fragilisation des territoires.
Nommer ce qui se passe, c’est déjà reprendre une part de pouvoir.
Tant que le système reste flou, il se renforce.
Lorsqu’il devient visible, il peut être contesté, transformé, dépassé.
Ici, nous choisissons de regarder en face.
Pour que chacun, chacune, puisse se situer :
dans ce qu’il subit,
dans ce qu’il nourrit,
dans ce qu’il peut décider de ne plus accepter.
Constater le réel, c’est le premier geste d’autonomie.